Pour une spiritualité "humaniste" :                                         << retour

       

LA CHARITE

Légende

D’une main timide
On sonne au couvent.
Le regard humide,
Les cheveux au vent,

C’est un pauvre frère
Parti le matin
Pour aller refaire
Le pain et le vin.

Mais sa mule alerte
Bondit sans fardeau,
Trouvant le temps beau
Dans la plaine ouverte.

Lui n’a rapporté
Que la charité.

L’aube toute en larmes
L’a vu, par hasard,
Sans cris et sans armes
Sauver un vieillard.

Le couvent l’écoute :
“Frère diligent,
Qu’as-tu fait en route
De nos marcs d’argent ?”

Et lui qui succombe
Sous d’humbles douleurs
Dit, baigné de pleurs :
“A vos pieds je tombe.

Je n’ai rapporté
Que la charité.

J’ai brisé la chaîne
D’un vieillard divin ;
J’ai vaincu la haine
Implorée en vain.

De ce saint esclave
J’ai sauvé l’enfant. . .
Que tout mon sang lave
Ce crime fervent !”

Alors tous ensemble
Chantent à genoux :
“Dieu, conservez-nous
Cet homme qui tremble !

Il a rapporté
Votre charité !”

 

LE MENDIANT

IMITE DE L’ANGLAIS

Un ministre du ciel courbé sous les offrandes
Que la piété riche aux pauvres destinait,
Fier de son lourd fardeau, lentement cheminait,
Pesant les fruits sacrés de ses saintes demandes.

“Mon père, ayez pitié d’un homme malheureux,
Lui crie un indigent qui traînait sa misère :
Vous avez recueilli des bienfaits si nombreux !
Vous avez attendri tant de cœurs généreux !
Donnez-moi : votre marche en sera plus légère.”

“- Au loin, dit le saint homme, au loin ! Quels sont vos droits
Pour oser aspirer aux aumônes sacrées ?
Ce n’est point aux passants qu’elles sont consacrées ;
Au loin ! je suis en eau : chacun porte sa croix.”

“- Mais, mon père, je meurs ! - Eh bien ! est-ce ma faute ?
Je vous trouve plaisant de vous en plaindre à moi :
Les gueux ont aujourd’hui la prière bien haute !
J’ai mes pauvres, passez ! Allez servir le roi.

- Mon père, je suis vieux. - Je vous en félicite ;
Vous aurez moins longtemps à souffrir ici-bas.
- Au nom de Dieu ! du pain, mon père ! - Passez vite,
Importun vagabond ! - Je me retire. . . hélas !
Laissez tomber au moins une céleste aumône
Sur ma faim qu’en passant vous pouviez soulager ;
Vos bénédictions.. . - Oui, mon fils, Dieu l’ordonne :
Puisque tu vas mourir, tu fais bien d’y songer.
Mets-toi donc à genoux. - Et moi je les refuse,
Dit le pauvre d’un ton moqueur ;
Passez, père, je vous récuse,
N’épuisez pas votre bon cœur.
J’ai trop faim pour courir après l’oiseau qui vole ;
Vos bénédictions ne sauraient me nourrir :
Le don ne vaut pas une obole,
Puisque vous daignez me l’offrir."

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