Marceline Desbordes-Valmore et la spiritualité << retour La spiritualité plutôt que la religosité "Notre-Dame de Fourvières, Quel était, au XIXe siècle, le lien entre la religion et la politique ? A cette époque, religion et politique étaient étroitement imbriquées. Le catholicisme était en fait religion d'Etat; absolutisme royal et absolutisme religieux allaient de pair. Pas question, alors que c'est le cas aujourd'hui, d'une morale - civique ou personnelle - indépendante de la religion officielle. Dans ses poèmes, Marceline évoque souvent Dieu et la prière. Que sait-on de sa foi, de sa pratique religieuse ? La foi de Marceline a toujours été sans faille. Dieu est présent plus de 500 fois dans ses vers. L'au-delà (paradisiaque), les anges, la Vierge font l'objet de multiples références. On sent une distance, voire une nette défiance de sa part à l'égard de l'Eglise institutionnelle. Pourquoi ? Que lui reproche-t-elle ? Oui, elle a pris ses distances vis-à-vis de l'institution ecclésiale. Le clergé est rarement présent dans ses vers, la hiérarchie jamais, le pape n'est cité qu'une fois, dans une nouvelle, par nécessité narrative. Marceline a toujours défendu avec conviction les pauvres, les exclus, les personnes handicapées… Au nom de quoi - ou de Qui - prenait-elle leur défense ? Au nom d'un amour universel portant sur tout ce qui est fragile: enfants, pauvres, enfants pauvres, prisonniers, handicapés... Son Eglise personnelle est celle des pauvres et non celle des puissants et des nantis. Au nom, aussi, de son amour de l'Autre (mari, amant, mère, filles, etc), qui se confond avec l'amour des Autres (pauvres, démunis de tous ordres). Elle a l'instinct du pardon, à la fois systématique et spontané, même pour tout coupable. Son expérience personnelle (pauvreté d'abord vécue, puis côtoyée) n'est pas pour rien dans cette attitude. Le mot pauvre est l'un des mots-clés de ses poèmes. Pouvez-vous nous citer quelques vers particulièrement significatifs de la sensibilité spirituelle de Marceline ? "L'amour n'a pas d'enfer" (in "L'ange et la coquette"); "Douce église, sans pompe, et sans culte, et sans prêtre" (in "Tristesse"); "Voyez comme la Providence "Le bonheur c'est l'amour sans larmes; "Tous mes étonnements sont finis sur la terre, "Le superflu, tu vois, c'est pour l'être sensible Peut-on dire que Marceline a été une chrétienne progressiste, en avance sur son temps ?... Ce terme est un peu anachronique pour Marceline puisqu'il ne date en effet que du XXe siècle. Mais il s'applique bien à sa façon de conjuguer une foi sans faille à une liberté totale d'appréciation et de comportement vis-à-vis de l'Institution. Elle fut l'amie de l'abbé Lamennais, persécuté par le Vatican, comme le furent de diverses manières Ozanam, le Sillon (mouvement social d'inspiration chrétienne), et même les prêtres-ouvriers et le cardinal Yves Congar, ou encore les tenants d'une "théologie de la libération", s'appliquant aux pauvres. Malgré tout, Marceline a eu des obsèques religieuses. Etait-ce là son vœu personnel ? Elle a écrit en 1833 : Propos recueillis par Christiane Elmer |