Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) : un témoin engagé << retour La dimension politico-sociale de Marceline Marc Bertrand s'est penché des années durant sur les oeuvres de Marceline Desbordes-Valmore. Fasciné par la personnalité de cette femme, il nous en dévoile ici une facette méconnue : le regard sans complaisance qu'elle portait sur les iniquités de son époque. La dimension politico-sociale de Marceline Desbordes-Valmore est moins connue du grand public, et pourtant !.... "Prolétaire des lettres" a dit d'elle Lucien Descaves. "Notre-Dame-du-Peuple", selon Cl. Roy. Et Boyer d'Agen la qualifiait de "colombe des mansardes" : les vues politico-sociales de Marceline sont du vécu, non de la théorie. De quels événements et combats politiques ou sociaux a-t-elle été le témoin direct ? Née en 1786, Marceline a peu connu la première République. Elle a connu un peu la période napoléonienne (grâce surtout à son oncle Constant, bonapartiste convaincu) et surtout la royauté, tant légitimiste qu'orléaniste. Plus précisément: la royauté dans l'ampleur de ses défauts: loi sur la presse (censure) de Charles X; désintérêt de Louis-Philippe pour la Pologne insurgée, répression féroce par ce dernier de la révolte des Canuts lyonnais. Quelles valeurs et quels types de personnes défendait-elle ? Marceline se défendit d'avoir "des opinons". "J'appartiens aux plus malheureux", a-t-elle écrit. D'où sa défense opiniâtre des pauvres (l'un de ses mots-clés, y compris dans ses titres), des enfants, des enfants pauvres, des femmes (surtout en relation avec des faits politiques), des bannis, des prisonniers (civils ou militaires), autrement dit : des êtres en situation de faiblesse. Quelles étaient ses opinons politiques ?... Etait-elle une socialiste ?... Ses opinions ont pu varier; mais qui ne varie jamais? Toutefois, on peut dégager des constantes. On peut signaler son pacifisme. Malgré quelques exaltations passagères, elle a connu, même de loin, trop de guerres. "Un déserteur" est d'ailleurs le titre de l'un de ses poèmes. Elle se remarque aussi par son féminisme, discret, mais tenace. Un féminisme moins constitué de revendications que de doléances. "Les femmes, je le sais, ne doivent pas écrire; j'écris pourtant." Peut-être peut-on évoquer aussi son républicanisme? Le mot, tel quel, n'a jamais été écrit. Mais face aux tyrans, son idéal de bonheur n'est-il pas: "Les mondes roulant sans roi". Les préoccupations de Marceline ressemblent-elles à celles de nos contemporains ? Le mendiant (le SDF d'aujourd'hui) n'est plus celui qu'on regarde de travers, ou de haut. On n'appelle plus "l'idiot" la personne handicapée. Marceline a dit regretter ne pas avoir vu disparaître les prisons politiques et la peine de mort. Aujourd'hui, la seconde a disparu. Les premières subsistent ici ou là, mais on lutte pour leur disparition. Sans aller jusqu'à une analyse marxiste (lutte des classes), on constate encore "la misère au milieu du grand Eden", soit la paupérisation extrême face à l'enrichissement extrême. De nos jours, on lutte aussi pour la paix. Il reste donc beaucoup à faire, mais Marceline a entrouvert quelques portes. Quel est, selon vous, le poème ou quels sont les vers qui reflètent au mieux cette Marceline touchée et engagée ? Parmi les poèmes on peut citer ceux-ci: "Un déserteur" - "Où vas-tu soldat ?" - "Dans la rue" - "Les deux Cantiques" - "Qui sera roi ?" (son "testament politique"). Quant à ses vers, ceux-ci me semblent particulièrement éloquents et révélateurs: "La terre est toute à l'homme, et l'homme en est le roi." "Le superflu, tu vois, c'est pour l'être sensible, "Savez-vous que c'est grand, tout un peuple qui crie?" "Et nous n'envoyons plus à des guerres impies "Le bonheur, c'est l'amour sans larmes, Propos recueillis par Christiane Elmer avril 2006 |